Avec Élise Busser
Formée à de nombreuses approches tournées vers l’épanouissement individuel et les relations saines, Élise Busser propose une journée de découverte des Constellations Systémiques Familiales par la pratique le samedi 14 juin 2025.
Comment as-tu découvert les constellations familiales et systémiques ?
J’ai d’abord découvert les constellations familiales sur le papier. C’est Bert Hellinger, un psychothérapeute systémique né en Allemagne, qui est à l’origine de cette pratique, par laquelle il donne sens à la souffrance basée sur des représentations inconscientes construites à travers l’histoire de l’individu plus ou moins “intriquée” dans son histoire familiale ou sociale. Dans un premier temps, j’ai voulu essayer pour moi.
Je pratiquais déjà la kinésiologie, la Communication NonViolente… Je m’étais formée à la pédagogie Montessori. Toutes ces approches étaient très intéressantes en ce qu’elles me semblaient judicieuses et complémentaires pour soutenir et rééquilibrer l’élan vital de chaque individu. Mais même si chacun, chacune, prend soin de lui ou d’elle, et fait un travail sur soi pour transformer sa vie, l’aspect relationnel reste extrêmement important, impactant et parfois même déstabilisant. À cet égard, la Communication NonViolente constitue un outil qui est déjà très précieux. Pour autant, au premier abord, on manque d’une certaine profondeur de vue quant à la clarification de tout le bagage familial, culturel, social… dans lequel on grandit depuis tout petit, et qui nous construit, nous façonne, nous bride, voire nous brise parfois, d’une certaine manière.
J’ai été particulièrement sensible à la force que représente la présence soutenante du collectif, l’aspect systémique des constellations, qui constitue un apport essentiel pour moi. J’ai constaté que lors d’une constellation, chacun, chacune venait avec son propre “matériel humain”, vivant, au service de quelqu’un d’autre. Les approches individuelles, en psychothérapie par exemple, aussi pertinentes et efficaces qu’elles puissent être, me semblent personnellement un peu restreintes et en manque souvent d’une dynamique plus systémique.
À cet égard, l’image du mobile suspendu me semble particulièrement évocatrice. Dans le cadre des constellations, on considère que tout est lié. De la même manière que toucher un élément du mobile suspendu a une répercussion sur l’ensemble, chaque mouvement individuel significatif au sein de la constellation impacte tout le reste du système.
En quoi consiste donc concrètement une constellation familiale et systémique telle que tu le proposes ?
À l’origine, le mot allemand qui désigne cette pratique est Aufstellung. Il a plusieurs sens en français. On parle de représentation, de configuration, mais une constellation se met aussi en place au centre du cercle formé par les participant·e·s. On parle de champ constellatoire.
Il faut savoir que dans le déroulement d’une constellation, on est en groupe, les participant·e·s viennent, pour certain·e·s d’entre elles ou eux avec une demande, à laquelle on va tenter de répondre par la proposition d’une mise en mouvement en constellation. On considère que les participant·e·s sont venu·e·s avec une intention de mettre leur énergie au service des demandeurs de constellations qui vont avoir lieu au centre. Ainsi, ils viennent pour soutenir la dynamique, pour tenter d’équilibrer le mouvement parfois délétère qui se manifeste spontanément dans la situation de départ, et pour le remettre dans le flux de la Vie.
Concrètement, les participant·e·s vont pouvoir prendre part en tant que constellant·e, avec leur questionnement, que la personne en charge de l’animation, appelé.e constellateur·ice, va accompagner en proposant aux autres de représenter des membres de l’organisation qui est en question (la famille, un cercle amical, professionnel…). Pendant tout ce temps, le ou la constellant·e reste en dehors du champ constellatoire, dans une position extérieure, pour mieux en observer l’évolution accompagné par le ou la constellateur·ice.
Ça ressemble à un jeu de rôle sans en être un, puisque le point essentiel, la focale, est sur les ressentis et leur manifestation. Il ne s’agit pas de faire semblant, mais de représenter l’élan vital, la vibration, l’énergie fluctuante qui se joue dans les relations entre êtres vivants. Il s’agit moins de comprendre ou d’intellectualiser que d’expérimenter, vivre et ressentir.
Au cours d’une pratique, le ou la constellateur·rice cherche avec le ou la constellant·e à représenter sa demande, qui peut être très succincte, en faisant appel aux autres participant·e·s. Ces dernier·e·s vont être placé·e·s au fur et à mesure en incarnant une personne liée à la problématique du ou de la constellant·e. On parle de représentant·e. À chaque nouveau positionnement, on prend le temps d’observer l’évolution des ressentis, de l’énergie. On va solliciter la parole des représentant·e·s tour à tour, très lentement, pour exprimer ce qui se vit et observer ce qui évolue au niveau de l’énergie. Le tout se déroule en mouvement. Le ou la constellateur·ice se déplace pour attirer l’attention sur un élément ou pour appeler à des déplacements.
Les constellations familiales et systémiques cherchent à rendre visible la dynamique émotionnelle, voire psychologique, des liens interpersonnels du système représenté. On est attentif à tout mouvement significatif, intérieur (exprimé en termes de ressenti) ou extérieur (dynamique de repli ou d’expansion, par exemple), au sein du cercle.
En fin de compte, l’essentiel est de parvenir à changer de regard. Notre socialisation et les autres phénomènes qui nous ont conditionné·e·s tout au long de notre développement et de notre maturation ont un impact inouï sur notre conception du monde et des relations qui s’y nouent. Le travail des constellations cherche à ramener un équilibre ou du moins à débloquer certaines situations en faisant évoluer ces conceptions et le rapport au réel. On questionne les représentations existantes du ou de la constellant·e afin d’amener des prises de conscience. C’est un long processus qui prend parfois plus d’une séance. Les participants témoins de ces évolutions vécues en constellations en retirent souvent aussi plus de conscience, y compris sur leur propre vécu.
Ce travail de prise de conscience peut être extrêmement impactant. C’est pourquoi, j’invite les participants à laisser vivre les suites sans trop agir volontairement. On laisse juste infuser.
D’après toi, en quoi cet atelier peut contribuer aux différentes transitions auxquelles nous sommes confronté·e·s en tant qu’individus ?
L’Association Transition Intérieure Nancy propose des ateliers qui permettent de questionner le vécu pour apporter notre énergie individuelle dans ces dynamiques de transition. Avec les constellations familiales et systémiques, tout est question de clarté. L’intention sous-jacente est de faire bénéficier d’une plus grande clarté, pour parvenir à mobiliser notre énergie plus aisément en vue de contribuer au monde.
L’idée fondamentale est de questionner notre rapport au Vivant en chaque chose. En réalité, nous sommes toutes et tous partie prenante de ce système que constitue le Vivant, que nous le voulions ou non.
On peut se sentir soi-même très mal vis-à-vis d’éléments du monde naturel ou sociétal. C’est tout à fait transposable au cours d’une constellation. On pourrait dire que la famille dont il est question dans ces constellations peut inclure la grande famille du Vivant. On peut aussi tout à fait représenter dans le champ constellatoire des éléments plus inhabituels comme une maladie, ou la justice comme institution par exemple.
Y a-t-il une préparation particulière à suivre en amont d’un atelier ?
Pas vraiment, mais il est très important d’être informé au préalable, surtout si le ou la participant·e vient avec une demande. C’est pourquoi je prends systématiquement le temps de contacter les participant·e·s avant l’atelier pour bien définir si les demandes peuvent relever des constellations ou non.
Propos recueillis par Martin Perrin
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