Se relier au Vivant par la marche du temps profond

Avec Laura Kraska

Laura Kraska et Laetitia Lhermite proposent une marche du temps profond à Transition Intérieure Nancy. La Newsletter se projette dans cet atelier en vous donnant quelques clefs de lecture pour mieux comprendre ses intentions.

Après plusieurs années dans le milieu de l’entreprise, tu as choisi de bifurquer vers l’accompagnement à la transition écologique. Quel a été ton déclic ?

J’ai toujours du mal à définir le déclic. Il n’y a pas un événement précis dont je me rappelle, ou un film, qui m’aurait ouvert les yeux et m’aurait fait basculer. C’est venu progressivement, à peu près dans les années 2018-2019. Avant, je faisais tout de même quelques « petits gestes », un peu comme tout le monde, mais c’est à ce moment là qu’en creusant, j’ai pris conscience de l’ampleur des dégâts. 

J’ai réalisé que la situation était très grave. J’en suis venue à me demander comment on pouvait continuer à aller travailler, consommer et vivre globalement comme si de rien était, alors qu’il y avait le feu autour. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de me former pour animer bénévolement des ateliers de sensibilisation auprès du grand public, dans des associations… Au départ, je suis restée dans mon boulot. J’animais des ateliers comme la fresque du climat le week-end. Parallèlement, j’ai continué à creuser, à m’informer sur le sujet, et à tomber encore plus bas… 

Au bout d’un moment, il m’est devenu impossible de concevoir une autre activité que cette sensibilisation, tant ce que je découvrais me faisait réagir. Je n’arrivais plus à faire semblant dans mon travail, comme si l’urgence qui m’animait le weekend n’existait plus le lundi matin. Ça devenait même douloureux physiquement. En passant à l’action, j’ai pu sortir de ces contradictions et m’apaiser un peu.

Pourquoi la marche du temps profond ? Quelles sont ses vertus selon toi ?

La Marche du Temps Profond a été créée en 1991 au Schumacher College par Stephan Harding et Sergio Maraschin, elle est actuellement hébergée par l’organisation à but non lucratif Deep Time Walk Project. Ce n’est pas « un atelier de sensibilisation » comme les autres.

Les premiers ateliers que j’ai appris à animer « parlent beaucoup à la tête ». On donne de l’information, on essaie de concrétiser certaines réalisations par des actions. Je suis convaincue que cette approche est nécessaire mais ne suffit pas pour vraiment modifier les comportements.

C’est là que se situe la marche du temps profond. C’est une véritable expérience qui permet de reprendre conscience de notre place en tant qu’humain sur cette planète, en vivant directement avec le corps, en marchant, en remontant le temps de ces 4,6 milliards d’années d’existence de la Terre. On va se rendre compte de tous les évènements incroyables qui ont eu lieu pour nous permettre d’être ici aujourd’hui (l’apparition de la vie, les premières cellules, l’apparition de la respiration, etc).

Ça permet de vivre une expérience hors du temps. Et le but, c’est que cette expérience soit transformatrice, que l’on en ressorte différent. Chacun, chacune, peut vivre la marche à sa manière, aller plus ou moins en profondeur dans les partages, dans le ressenti. Il n’y a pas de message particulier de sensibilisation, autre que ce récit, avec lequel chacun, chacune, repart et peut tirer ses propres conclusions.

Pour y arriver, on essaye de privilégier le corps et le cœur, plutôt que la tête. On parle d’une approche « tête, cœur, corps ». Il y aura des informations factuelles, mais la pratique de la marche nous ancre dans le corps et les activités que l’on propose incitent à passer par les sens et par les émotions, parfois en introspection, parfois en partage en binôme.

L’idée à la suite d’une marche est de déclencher des prises de conscience, inciter les participants et les participantes à réfléchir à comment ils et elles peuvent participer à préserver le Vivant.

Quelle complémentarité peut-il y avoir entre cette marche et d’autres approches, d’autres perspectives ?

L’exemple qui me vient immédiatement à l’esprit est le voyage en 2030 glorieuses. Pour une entreprise, nous avions prévu de faire une marche du temps profond le matin et d’enchaîner l’après-midi avec un voyage en 2030 glorieuses. Ces deux ateliers que nous proposons dans différents contextes sont très complémentaires. Le matin, on se reconnecte à notre Histoire. On prend conscience du caractère sacré, précieux, de la Terre, de toutes les espèces vivantes. Et l’idée à la fin de la marche, c’est de chercher des pistes d’engagement pour voir comment moi, à mon échelle, je peux préserver ça. Et donc l’après-midi, le voyage en 2030 glorieuses permet de se projeter vers l’avenir, vers un avenir beaucoup plus positif, où l’on agit de manière beaucoup plus vertueuse et plus responsable, grâce à cette prise de conscience. On se demande à quoi peut ressembler cette société plus joyeuse et solidaire, quel est mon rôle au sein de cette société et les étapes qui ont eu lieu depuis 2025 pour faire advenir cette situation désirable des 2030 glorieuses.

Par ailleurs, la Marche du Temps Profond est une pratique d’écologie profonde, très reliée au processus de Travail Qui Relie et à la pensée de Joanna Macy.

Tu animes cette marche en duo avec Laetitia. Qu’est-ce que permet cette collaboration ?

Nous sommes associées au sein de notre activité professionnelle Une Empreinte Pas à Pas. Cela nous permet d’animer des ateliers seule ou à deux, selon les besoins. S’agissant de la marche du temps profond, être à deux permet d’apporter plus de soin au groupe. Comme ça, on se partage l’animation et l’observation. On fait en sorte d’être vigilantes au bien-être de chacune, chacun, à l’énergie du groupe. C’est une façon d’incarner l’écologie profonde que l’on prône.

Pour toi, c’est quoi l’écologie profonde ?

L’idée est d’aller plus loin que l’écologie « classique », telle qu’on l’entend aujourd’hui, une addition de solutions ponctuelles (installer des panneaux solaires, rouler en voiture électrique…) qui ne remettent pas profondément notre mode de vie en question.

Je dirais que l’écologie profonde, c’est parvenir à prendre conscience, et ressentir, qu’on fait partie d’un tout, qu’on est sur une planète vivante, et que l’on est un élément de ce tout. Je crois que si on arrivait à vivre au quotidien en ayant ça comme boussole, on éviterait tous les abus qui existent actuellement.

Propos recueillis par Martin Perrin

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